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1973-12-04-Le_Devoir_1

Les Who

Une véritable crise… d'énergie

Le groupe britannique The Who a reçu une ovation "monstre" dimanche soir au Forum, alors qu'il se produisait devant près de 20,000 personnes.

Le concert se déroule comme une course folle à travers les micros, la batterie, la basse, la guitare et les amplis. Roger Daltrey ne cesse de faire tourbillonner son micro au-dessus de sa tête, tandis que Pete Townshend balance sa guitare en sautant comme un kangourou d'un bout à l'autre de la scène. Minuscule derrière son immense batterie, Keith Moon dirige, à la manière d'un chef d'orchestre, ce cirque ambulant. Enfin, caché dans l'ombre, John Entwistle arrache les notes les plus saugrenues de sa basse électrique avec cette aisance tranquille, déconcertante, qui le caractérise.

Feignant presque l'hystérie, Daltrey entreprend de chanter un des succès des Who, thème favori d'Eddie Cochran, intitulé "Summertime Blues". Dès lors, le public jubile, se réchauffe, se calme, se prend la tête entre les mains s'assied et se lève, donnant son accord immédiat aux acrobaties de Townshend et aux folies du chanteur.

Le groupe possède un répertoire de scène exceptionnel. Utilisant des bandes sonores pré-enregistrées, les musiciens font preuve d'une exactitude rythmique peu commune. D'autre part, il était assez amusant de voir Townshend, les yeux levés au ciel, s'entendre jouer sur bande magnétique. Puis, sourires et regards complices, The Who attaque directement le passé, faisant revivre de bons moments avec "My Wife" et "My Generation". Déjà les spectateurs sont comblés. Mais surprise: le groupe ne dévoilera tout son charme qu'un peu plus tard, vers la fin du spectacle.

Aussi ravissante que soit cette démonstration, il y manquait toutefois quelque chose. Un signe, une note, un geste suffisait à faire éclater cette bombe qui prenait forme depuis le début de la représentation. Malgré lui, le public, nerveux et attentif, tendu et apaisé, attendait que quelqu'un allume la mèche. Et c'était à Pete Townshend de le faire. Doucement, comme l'orage qui explose, les projecteurs lancent d'abord quelques éclairs de couleurs. Le bruit sourd de la batterie augmente en intensité. Les cris de

la guitare se font plus pressants. Et l'explosion se fait entendre dans le tumulte général: "Tommy".

Les Who voulaient ici, faire revivre quelques instants dans la vie de "Tommy", opéra-rock célèbre auquel ils sont les seuls capables de rendre justice. Le public, bien sûr, en a redemandé…

Les Who se sont attachés ensuite à "Magic Bus" dans les sonorités agonisantes de l'harmonica de Daltrey. Plusieurs décidèrent de partir tout de suite. Comme la dernière gorgée de

vin que l'on fait tourner dans la bouche, ils voulaient garder le plus longtemps possible le goût de leur dernière vision. Et dans les couloirs du Forum, les placiers, casquettes à la main, yeux clos, s'étaient mis à taper du pied. C'est tout dire…